Histoire de l'Ile maurice
L’Île Maurice a été découverte par les Arabes en
975. Bien qu’ils l’aient baptisée Dinarobin (Île d’Argent), ils
n’ont laissé aucune trace de leur passage. En 1507, les Portugais
la redécouvrent et lui donnent le nom “d’Ilha do Cirne” ou “Île du
Cygne”. Les Hollandais, en route vers leurs colonies de l’est de
l’Inde, y débarquent en 1598 et la baptisent “Maurice”, en
l’honneur du Prince Mauritz Van Nassau. En 1715, avec l’arrivée
des Français, elle devient l’Isle de France. Pendant des années,
pirates et corsaires, pilleront, sous la protection des Français,
les bateaux anglais voyageant sur la route des épices et de la
soie. En 1810, les Anglais lancent une attaque surprise contre les
Français et conquièrent l’île, ainsi que la Réunion. Maurice
accède à l’indépendance en 1968 (mais reste dans le Commonwealth)
et devient une république le 12 mars 1992.Aujourd’hui, Maurice a
une économie florissante basée principalement sur le sucre, le
tourisme et le textile.
La découverte de l'ile

Maurice de Nassau
L'île Maurice a été
découverte, semble-t-il, en 1507 par Péro de Mascarenhas,
capitaine portugais, en même temps que les deux autres îles de
l'archipel (Réunion et Rodrigues) qui en a gardé le nom de
Mascareignes. Il l'avait d'abord dénommée Acerno ou Cerné. La
première occupation date de 1598 et fut l'oeuvre de l'amiral
hollandais Van Nek qui donna à l'île le nom de Mauritius en
l'honneur du prince Maurice d'Orange. En 1640 fut créée une
colonie hollandaise, laquelle fut abandonnée en 1712, quand les
Hollandais souhaitèrent renforcer leur colonie du Cap. Les
Français établis à l'île de la Réunion y envoyèrent trois ans plus
tard Dufresne, pour y porter des colons. Celui-ci lui donna le nom
d'île de France lorsqu'il en prit possession (20 septembre) au nom
du roi « en cas que ladite île ne fut point occupée par aucune
puissance ».
En 1735, le gouverneur Mahé, comte de La Bourdonnais, lui conféra
une grande importance. Grâce à ses ports, elle devint la citadelle
de la marine française dans l'Océan Indien, le point de
ravitaillement des corsaires. Pierre Poivre y introduisit dans les
années 1750 la culture des épices des Moluques (cannelle, muscade,
girofle, etc.). Puis les Anglais réussirent à s'en emparer après
une longue lutte en décembre 1810. Ils se la firent céder en 1814.
Les Anglais, qui l'ont gardée jusqu'à son indépendance en 1968 ont
conservé sur l'île I'usage officiel de la langue française
jusqu'en 1847, et il dominera encore longtemps dans la majorité de
la population. Ajoutons que ce sera sous la colonisation anglaise
que l'esclavage a pris fin sur cette île que le roman de Paul et
Virginie de Bernardin de Saint-Pierre a rendue si célèbre.
Dates -clés :
1507 - Découverte de l'île Maurice par Mascarenhas.
1598 -1712 - Occupation hollandaise.
1735 - La Bourdonnais organise la colonisation de l'île par la
France.
1814 - L'île Maurice devient une colonie de la Grande Bretagne.
1968 - Indépendance de l'île, dans laquelle s'installe un régime
démocratique..
Les premiers établissements
Les Hollandais, présents sur l'île dès 1598 y restèrent jusqu'en
1712. On a parfois dit qu'ils en furent chassés par
l'impossibilité de détruire la prodigieuse multitude de rats
contre lesquels ils ne trouvèrent aucun moyen de défendre leurs
provisions, leurs vêtements, les cordages et le bois de leurs
navires, l'espoir de leurs récoltes mangées avant d'être en herbe,
enfin leurs corps mêmes pendant la nuit.
Il est plus vraisemblable de croire que les Hollandais, qui
s'établissaient alors au cap de Bonne-Espérance, voulurent
réserver toutes leurs forces pour la colonisation de ce point
important à l'extrémité d'un continent immense sur lequel il leur
serait possible de s'étendre et de former un vaste empire :
c'était au XVIIIe siècle, et encore bien plus dans les deux
siècles précédents, le rêve de toutes les puissances européennes
d'avoir au dehors, non pas seulement des stations maritimes et des
établissements coloniaux pour la commodité du commerce, mais de
grandes possessions
territoriales où elles pussent développer à l'aise leurs droits de
souveraineté consacrés par la violence. Les Hollandais ne virent
pas apparemment quelle était l'importance de la position de l'île
Maurice, qui peut devenir au besoin un nid de pirates, et qui sera
toujours une des barrières à franchir avant de voguer librement
dans la mer des Indes.
Trois ans après le départ des Hollandais, les Français, en 1715,
abordèrent à l'île Maurice et lui imposèrent le nom d'île de
France. Toutefois ce ne fut qu'en 1721 que des colons de Bourbon (île
de la Réunion) allèrent former dans l'île voisine un premier
établissement. Il faut croire qu'ils réussirent mieux à combattre
les étranges ennemis devant lesquels les Hollandais passent pour
s'être enfuis; car, depuis le jour où fut fondée la nouvelle
colonie, elle n'a pas cessé un instant d'être habitée et cultivée;
elle a toujours été en progression de prospérités, du moins
jusqu'en 1810, date de la conquête par les Anglais. Il est vrai de
dire que les animaux malfaisants, qui étaient le fléau de l'île et
de son agriculture, y resteront longtemps très nombreux, et que
des primes seront proposées aux esclaves dans toutes les
habitations, pour les détruire, et l'on emploiera dans ce but tous
les encouragements, tous les pièges imaginables.
L'oeuvre de la Bourdonnais.
Les premiers cultivateurs, arrivés de Bourbon, étaient en très
petit nombre. Si bien que l'on considère généralement que le vrai
fondateur de la colonie, à l'île de France, fut Mahé de La
Bourdonnais, qui, nommé gouverneur général des îles de France et
de Bourbon, en 1734, aborda au Port-Louis, l'année suivante,
amenant avec lui des ouvriers, et aussi un certain nombre de
déclassés dont les autorités françaises étaient heureuses de se
débarrasser, mais qu'il sut adroitement utiliser pour
l'accomplissement de ses desseins.
« Il serait difficile, a dit un biographe de Mahé de La
Bourdonnais, de donner une idée de l'état de dénuement et
d'anarchie où il trouva l'île de France. Justice, police,
industrie, commerce, tout était à créer : La Bourdonnais créa,
organisa tout; il construisit des arsenaux, des magasins, des
fortifications, des aqueducs, des quais, des canaux, des moulins,
des hôpitaux, des casernes, des boutiques, des chantiers pour
radouber et construire des vaisseaux: il introduisit la culture du
manioc, du sucre, de l'indigo et du coton, etc. »
Bernardin de Saint-Pierre, sans lequel, à vrai dire, la réputation
de La Bourdonnais risquait fort de demeurer obscure, énumère aussi,
dans la préface de Paul et Virginie, les travaux que ce grand
administrateur a entrepris et achevés, malgré mille obstacles, à
l'île de France; et il ajoute :
« Tout ce que j'ai vu dans cette île de plus utile et de mieux
exécuté était son ouvrage : ses talents militaires n'étaient pas
moindres que ses vertus et ses talents administratifs. »
Au temps de la Compagnie des Indes
Quand l'île fut devenue, par les soins de son fondateur, une
colonie déjà digne de ce nom, un séjour supportable, où l'on put
espérer de se ménager une vie assez douce pour le moment et
quelques chances de fortune pour l'avenir, les colons volontaires
y arrivèrent, en petit nombre d'abord, mais de tous les points du
globe et de toutes les professions. Il y eut des employés civils
de la Compagnie des Indes, ayant déjà acquis une certaine aisance
et heureux de pouvoir s'établir dans une île où, en s'attribuant
le monopole du commerce et s'emparant de la meilleure partie des
terres à cultiver, ils allaient fonder aisément une espèce
d'aristocratie vénitienne, à la fois marchande, propriétaire du
sol et arbitre héréditaire de toutes les décisions graves du
gouvernement local.
Il y eut des marins de cette même compagnie qui, indignés d'avoir
travaillé à la fortune des autres et de n'avoir rien fait pour
eux-mêmes, ne demandaient qu'un asile pour leurs vieux jours, un
coin de terre et quelques esclaves pour vivre, ou le commandement
d'une barque pour faire le cabotage entre les deux îles : ils
furent la souche d'une classe de mécontents et de frondeurs qui
s'est perpétuée au cours des siècles suivants.
Il y eut aussi des officiers militaires de la compagnie qui se
trouvèrent heureux de prendre leur retraite dans quelque
habitation isolée : quelques-uns étaient nobles, et menèrent donc
dans l'île la vie des gentilshommes campagnards, cultivant la
terre ou surveillant leurs esclaves peu nombreux, pour ainsi dire
avec une rapière pendante à leur côté. S'ils ne firent pas et ne
durent pas faire fortune avec de semblables habitudes, ils eurent
du moins la consolation d'échapper à la soumission où des commis
parvenus les avaient longtemps retenus, malgré toute leur
gentilhommerie. A leur exemple, on vit arriver des officiers des
régiments du roi, qui voulurent aussi quitter le service et se
faire planteurs ils éprouvèrent des résistances, non de la part de
leurs chefs ou du gouvernement du roi, mais, le croirait-on? de la
part de la compagnie, qui, étant souveraine de l'île, les traita
presque en étrangers. De là de grandes querelles et des plaintes
bruyantes qui entretinrent des divisions dans la colonie jusqu'à
ce qu'elle eût été cédée au roi, et la compagnie dépossédée de
tous ses droits de souveraineté.
Enfin, n'omettons pas de mentionner, comme complément de cette
population primitive des missionnaires de Saint-Lazare, vivant
bien avec tout le monde, ne s'inquiétant guère d'évangéliser les
esclaves, ni de prêcher la fraternité entre les hommes, et
songeant bien plutôt à s'assurer une vie paisible et inoffensive
dans de bonnes habitations très bien cultivées par des esclaves
acquis à la communauté.
Marchands et trafiquants
Le développement de la colonisation à l'île de France, en ouvrant
une plus large carrière aux spéculations commerciales, ne tarda
pas à y attirer des marchands, libres de toutes relations avec la
Compagnie des Indes, et qui, possesseurs de quelques capitaux, se
mirent à trafiquer sur toutes choses, sur les terres, sur les
denrées coloniales ou européennes, sur les esclaves introduits ou
à introduire dans l'île par la traite, alors permise et même
encouragée. Ils voulurent, en un mot, prendre leur part du
monopole qu'avaient exercé avant eux les employés civils de la
Compagnie des Indes, et ils la prirent avec une turbulence, une
avidité et un bonheur surtout qui ne furent pas du goût de tout le
monde. Les employés de la compagnie, pour se distinguer deux, sans
doute, en courant la même carrière, les nommèrent banians; et
c'est le sobriquet dédaigneux qu'on infligera ensuite à tous les
petits trafiquants ou pacotilleurs qui séviront à l'île Maurice,
qui traverseront la mer vingt fois en tous sens, pour en venir, au
bout d'une vie constamment agitée, à reposer leur conscience sur
des monceaux d'écus de toutes provenances. Les banians de l'île
Maurice se défendirent en refusant de reconnaître les distinctions
que les premiers colons cherchaient à consacrer, et en proclamant
avec une audace qui ne fut pas maladroite, ce principe raciste,
devenu ensuite l'un des lieux communs de l'oppression coloniale, à
savoir, que tous ceux qui ont passé la ligne sont égaux entre eux,
s'ils sont Blancs et s'ils le prouvent.
Les guerres de l'Inde entre la France l'Angleterre, vers les
dernières années du règne de Louis XV, virent refluer à l'île de
France un assez grand nombre d'aventuriers, couverts de vices et
de dettes, qui, bannis d'Europe pour leurs désordres, avaient
trouvé d'abord un refuge et une existence en Asie, et qui étaient
chassés d'Asie par les malheurs de nos armes. Quelques-uns, parmi
eux, appartenaient à des familles nobles, et portaient des noms
qui n'étaient pas sans une certaine illustration, des noms qui
sont restés dans l'île. Ces aventuriers si turbulents et d'une
moralité plus que douteuse, dont l'Europe s'était débarrassée sur
l'Asie, et que l'Asie rejetait à son tour partout ou elle pouvait,
ont été la tige corrompue de quelques familles qui ne manqueront
pas de se dire par la suite (et encore aujourd'hui!) qu'elles
auraient mérité une meilleure origine; ils ont fait souche
d'honnêtes gens et de gens paisibles.
Mais, à l'époque où ils vinrent s'abattre sur l'île de France, ils
y apportèrent le trouble, le scandale, le mépris de tous les
principes sociaux - qui déjà n'étaient pas très brillants -, la
désorganisation d'un établissement qui commençait à s'organiser.
Pour se relever dans l'opinion, pour se mettre sur un pied
d'égalité commode avec les colons, plus anciens qu'eux, et dont
les moeurs s'amélioraient déjà, s'épuraient visiblement dans les
calmes habitudes d'une vie de travail sur une terre féconde, sous
un ciel bienfaisant, ils n'imaginèrent pas de moyen plus sûr que
de rabaisser tout le monde à leur niveau; ils décrièrent toute la
population, précédemment formée, qui les repoussait et se croyait,
à leur égard, dispensée d'être hospitalière. C'est à leur arrivée,
sans doute, qu'il convient de reporter l'origine de certain
proverbe; proverbe trop exclusif et injuste nécessairement dans sa
généralité, comme tous les proverbes, mais qui serait facilement
applicable, avec toutes les restrictions légitimes, à plusieurs
autres colonies. Le voici, dans sa forme brève et sacramentelle
d'oracle :
« il n'y a d'honnêtes gens dans l'île que ceux qui sont venus par
terre. »
Ce qui signifie, apparemment, pour qui voudra sagement se
contenter d'une interprétation moderée, que les chercheurs de
fortune qui vinrent successivement accroître la population de
l'île de France, n'en composèrent jamais la partie la plus saine
et la plus incorruptible...
Cette population d'Européens, préoccupés de l'esprit de retour et
d'une furieuse passion d'accumuler, a d'abord été la plus
nombreuse dans l'île; mais insensiblement elle a donné naissance
et a cédé la plus grande place à une population fixe, attachée au
sol par affection, plus honnête, parce qu'elle est plus satisfaite
de son état de fortune. Toutefois, dans la période confuse où
s'est formée la population qu'on y voit aujourd'hui, et notamment,
nous l'avons dit, lorsque les désastres des Français dans l'Inde
eurent jeté à l'île de France tant d'hommes de désordre, le
gouvernement du pays fut ,jugé impossible, s'il restait entre les
mains d'une société de marchands qui avaient assez de peine à
s'accorder entre eux et à se gouverner eux-mêmes.
L'administration de l'État
La Compagnie française des Indes orientales céda l'île Maurice au
roi, en 1765. Dans les commencements de la nouvelle
administration, il y eut bien encore des difficultés nombreuses,
des incertitudes et des tiraillements, par suite de la désunion
inévitable entre les corps militaires et les services
administratifs, et aussi parce qu'il resta deux partis en présence
l'un de l'autre, celui de la Compagnie qui voulait survivre à son
abdication, et celui du gouvernement du roi qui avait en main la
direction des affaires. De pareilles causes de division, et tout
au moins de dissentiment, dans le sein d'une colonie naissante et
encore faiblement peuplée, y entretinrent longtemps une aversion
décidée pour la Métropole. Il est vrai qu'alors il leur manquait
l'élément le plus actif de toute société nouvelle : on ne comptait
dans toute l'île que cent femmes "d'un certain rang" (c'est-à-dire
blanches, puisqu'on aura pu le constater, les esclaves, bien que
majoritaires ici, ne comptent pas...). On visitait les soirées
qu'elles organisaient, du moins quand on n'avait pas résolu tout à
fait de préférer la solitude à ces réunions si monotones où l'on
jouait, on s'ennuyait, et desquelles on se retirait au coup de
canon de 8 heures, pour souper avec sa ménagère, mulâtresse ou
noire, et ses bâtards de toutes couleurs.
La Révolution.
La Révolution française, à ses diverses périodes, trouva les
habitants de l'île Maurice, sauf quelques exceptions rares qui
n'eurent aucune force, parfaitement disposés à agir comme un seul
homme. Une occasion de montrer leur unanimité de pensées et de
voeux leur fut offerte par l'arrivée de deux agents du directoire,
Baco et Burnel, qui leur apportaient une réforme coloniale, déjà
soumise, en d'autres colonies, à de sanglantes épreuves. Ils
s'entendirent, sans s'être concertés, pour la repousser, et rien
n'aurait pu vaincre leur résistance. Les colons de l'île Maurice,
qui n'étaient pas animés, c'est le moins que l'on puisse dire, de
la plus petite foi philanthropique, et qui avaient résolu
d'opposer aux mesures radicales expédiées de la Métropole, la
résistance la plus positive, conduisirent du moins leur opposition
avec esprit, et l'esprit a quelquefois relevé et gagné, pour un
moment, même les plus mauvaises causes.
On raconte qu'à leur débarquement, les envoyés du Directoire, se
voyant accueillis par les clameurs et les railleries de tous les
habitants du Port-Louis, voulurent
s'expliquer et commencèrent une harangue de déclamatoire
philanthropie,
qui allait sans doute être écoutée jusqu'au bout; car, malgré
tout, il y
avait alors un auditoire pour ces choses-là, dans les îles de
l'Océan Indien
comme à Paris. Mais il arriva qu'un des deux orateurs venus de si
loin pour
prêcher, essaya d'obtenir un peu de silence et de répondre à
quelques inquiétudes bruyantes par ces paroles banales :
« Les amis, c'est pour votre bien que nous allons travailler,
c'est votre bien que nous voulons. »
Une voix sortie de la foule s'écria, en jouant sur les mots :
« Nous savons que c'est notre bien que tu veux, mais tu ne l'auras
pas précisément! »
Les rires, les huées, les convulsions d'une joie frénétique ne
permirent plus dès lors à l'orateur officiel de continuer sa
doucereuse oraison de bienvenue. On l'enleva, avec son compagnon
de voyage et de mission, et on les embarqua tous deux sur le
navire qui les avait amenés, et qui fit voile aussitôt pour la
France. Ils se trouvèrent avoir à peu près fait quatre pas et
prononcé quatre paroles dans la colonie qu'ils étaient venus
évangéliser au nom des droits de l'humain et ceux du Directoire.
Voilà comment et avec quel concert, les colons de l'île Maurice
surent se défendre quand il s'agissait de leurs intérêts communs
de fortune et d'autorité souveraine sur leurs esclaves.
Les guerres de la Révolution et de l'Empire.
Lorsque la menace anglaise s'est faite sentir, les colons de l'île
Maurice ont compris que les risques que couraient leurs privilèges
étaient bien plus sérieux, et - sous le couvert d'un attachement
patriotique à la Métropole - il luttèrent avec acharnement pour
les défendre. Une seule fois, après la rupture de la paix d'Amiens,
il leur arriva un régiment déjà incomplet, la 109e demi-brigade de
ligne, avec quelques compagnies d'artillerie et plusieurs
officiers de courage et de talent, parmi lesquels, brillait au
premier rang le général Decaen, nommé capitaine-général des
établissements français au delà du cap de Bonne-Espérance. Lui et
les soldats qu'il commandait avaient fait la guerre en Allemagne,
dans l'armée de Moreau, et le premier consul , qui se méfiait
d'eux (bien injustement, semble-t-il), leur avait indiqué, sous
prétexte d'un service honorable et périlleux, un lieu d'exil au
delà des mers. Il les y oublia facilement; et cette poignée
d'hommes, qui pouvait bien se croire sacrifiée et abandonnée, n'en
lutta pas moins, pendant huit ans, pour conserver ce qui était la
plus rentable des colonies restant à la France depuis la perte de
Saint-Domingue. Mais c'est que la 109e demi-brigade avait derrière
elle, pour corps de réserve, tous les créoles de l'île. Ils
montaient sur les bâtiments armés en course et s'associaient aux
fabuleuses prouesses de Robert Surcouf, cet intrépide corsaire de
Saint-Malo, dont le nom est bien sali par sa participation active
au trafic d'esclaves, mais qui savait comme personne enlever les
plus imposants vaisseaux de la Compagnie anglaise avec un bateau-pilote
et quelques pilotins.
Ils complétaient aussi l'équipage des navires de la marine
impériale qui, dans les mers de l'Inde et en vue du Port-Louis (c'était
alors le port Napoléon), soutinrent pendant plusieurs années le
pavillon français, mis en lambeaux partout ailleurs, à Aboukir, à
Trafalgar, en vingt autres combats malheureux. Ils étaient
présents à toutes les places où il pouvait y avoir des coups de
fusil à donner ou à recevoir. Les hommes de mer les plus illustres
de l'époque, Hamelin, Bouvet, Roussin, et le plus illustre de tous,
Duperré, se firent un nom dans ces parages, pendant que leurs
frères d'armes, dont quelques-uns avaient une renommée déjà faite,
la perdaient sur d'autres champs de bataille.
Mauritius Island
En 1810, au mois de décembre, il fallut céder enfin à des forces
supérieures. Les Anglais se présentèrent devant l'île avec plus de
trente mille hommes et une forêt de mâts qui pouvait l'enfermer
comme dans une ligne continue de circonvallation. Une capitulation
fut signée par le général Decaen (alors gouverneur des Indes
françaises), et l'île se rendit. Entre autres articles, il était
stipulé dans la capitulation que la garnison serait transportée en
France, sur navires anglais, avec armes et bagages, avec tous les
honneurs de la guerre, aux frais de la Grande-Bretagne, et que les
mêmes facilités seraient accordées aux habitants européens ou
créoles, qui, sans appartenir a l'armée, voudraient effectuer leur
passage en Europe : un délai de deux années leur était laissé pour
prendre ce parti et vendre leurs propriétés coloniales. La loi
française était reconnue comme la loi du pays, et les tribunaux
français demeuraient chargés de l'appliquer; devant un barreau
plaidant eu langue française.
Quels étaient les vainqueurs, quels étaient les vaincus à de
telles conditions? Les Anglais, évidemment, recevaient, le droit
de mettre garnison dans l'île, de planter leur drapeau sur tous
les édifices publics, de percevoir l'impôt; mais ils subissaient
le joug des lois, de la langue, des moeurs, des fantaisies même
d'une colonie qui devenait leur sujette en quelque sorte par
convention amiable, après que la nécessité eut fait entendre sa
voix inflexible. Les Anglais subiront durablement le même joug.
Rien ne changeant dans les rapports entre les deux populations
européennes, dont l'une croyait gouverner et avait mission de
gouverner, tandis que l'autre passait pour s'être soumise parce
qu'elle avait capitulé. Mauritius Island (nouveau nom de ce qui
avait été auparavant l'île de France) était toujours une colonie
française, avec une garnison vêtue d'uniformes rouges, et un petit
nombre de commis venus d'Angleterre, qui s'étudiaient à oublier
leur langue et à parler français dans les emplois supérieurs de
l'administration publique; les autres places, d'ailleurs, celles
qui avaient un caractère subalterne, y furent abandonnées aux
créoles...
Beaucoup de choses changèrent au demeurant sous l'administration
britannique. Les unes en mal, les autres en bien. Ainsi, la
prospérité matérielle de l'île disparut comme un songe, sous le
régime nouveau. Elle n'avait plus la France comme débouché de ses
productions, et en même temps, l'Angleterre ne l'admettait pas à
tous les avantages commerciaux qu'elle accordait à ses autres
établissements d'outre-mer. L'île Maurice était alors pour elle ce
qu'on nommait une colonie de la couronne, un pays conquis, et non
une colonie de l'État.
En outre, il y eut de terribles fléaux qui ont paru conspirer pour
accabler l'île. Un incendie a dévoré plus de 1500 maisons du
Port-Louis; un ouragan plus désastreux, on peut le dire, parce
qu'il n'a pas sévi seulement sur la ville, mais sur les campagnes
et sur tous les fruits de la terre, a ruiné les colons qui avaient
échappé à la première cause de dévastation; puis est survenu le
choléra, qui, dans ce voyage d'universelle dévastation, entrepris
par lui de 1817 à 1837 à travers le globe, a fait une de ses
premières pauses à l'île Maurice, s'attaquant là, selon sa coutume,
principalement aux classes les plus défavorisées de la société,
c'est-à-dire aux esclaves. Une hécatombe qui sera vécue comme la
pire des catastrophes par les colons, et bien sûr pour des raisons
qui ne doivent rien à l'humanité. Comme l'écrit l'auteur dont on
adapte ici le texte, depuis l'abolition de la traite - un
processus dans lequel les Britanniques se sont progressivement
engagés depuis 1823 -, il n'a plus moyen désormais de reconstituer
ses stocks de matière humaine :
« Cette fortune la plus précieuse et cette suprême ressource des
Blancs, qui aurait pu complètement réparer, si elle eût été
épargnée elle-même, les ruines de l'ouragan et de l'incendie.
Elles l'ont été péniblement, longuement, et non sans laisser
encore de tristes vestiges de désolation. Mais la perte des Nègres
a été irréparable, car la traite, abolie de droit par une
solennelle convention des puissances européennes, a été supprimée
de fait par la surveillance active de la marine anglaise dans tous
les lieux qui obéissent à l'action directe du gouvernement
britannique. »
Voilà les malheurs qui, dans l'imagination de ces colons français,
aigris par la perte de leur richesse, se lia nécessairement à
l'idée importune de la domination anglaise, comme s'ils en avaient
dû être un corollaire inévitable. Et il leur sembla que cette
domination n'avait réellement, pour se recommander à leurs yeux,
que les routes dont elle avait sillonné largement le territoire de
la colonie, routes magnifiques en effet, qui n'existaient pas même
sur le papier du temps de l'administration française, et qui
maintenant étaient parcourues avec autant de facilité que les plus
belles voies de communication de la Grande-Bretagne, par des
voitures à quatre chevaux, des cavaliers, des courriers, et des
chariots, pour un service très actif de roulage, attelés des
grands boeufs de Madagascar.
Un autre changement s'opérera vers le milieu du XIXe siècle, dans
l'organisation fondamentale de l'île Maurice : il s'agit de
l'émancipation des esclaves, qui est enfin déclarée elle aussi en
principe et qui s'acheminera progressivement vers sa réalisation.
Une grande mesure de réforme radicale qui s'accomplira, qui malgré
l'état d'esprit dans lequel, on l'a vu, se trouvaient les colons
de l'île Maurice se fera sans rencontrer de véritable opposition.
C'est que sans doute, de nouveaux arguments peuvent maintenant
être déployer pour continuer d'asservir les anciens esclaves. La
menace qu'on fait valoir de la concurrence que d'autres
populations pourraient leur faire.
De fait , l'île Maurice a toujours été le champ d'asile de toutes
les populations asiatiques qui, opprimées chez elles, et n'ayant
pas là d'espace pour respirer et vivre, sont disposées à aller
chercher au dehors, de la terre, du travail et la vie à force
d'industrie patiente. On voyait ainsi à Port-Louis des Malabares,
des Chinois, des Malais, des Arabes, des Indiens (appelés à
devenir la population majoritaire de l'île un siècle plus tard) de
toutes professions et des deux religions qui se partageaient
l'Inde, Hindouisme et Islam. Tous ces immigrants, sur le terrain
neutre que leur a garanti l'hospitalité des créoles, vivaient
d'accord les uns avec les autres, ou du moins les uns à côté des
autres.
Quelques-uns parmi eux célébraient, chaque année, dans une pompe
solennelle, la grande fête de leur culte et font dans les rues de
la ville une procession publique. C'était une occasion pour les
non croyants, pour les fidèles des autres religions, de se réunir
comme dans une réjouissance nationale et périodique, de passer
vingt-quatre heures dans la joie, les intrigues et les rendez-vous
d'amour; c'était un prétexte pour une espèce de carnaval, un
carnaval respectueux, où la tolérance religieuse et les
ménagements pour une croyance étrangère étaient le premier devoir,
et passaient même avant le plaisir. Un tel mélange de peuples
offrait à l'île Maurice, non pas seulement une pépinière de
travailleurs libres, mais encore une garantie pour les Colons,
maîtres de la terre, que la population d'anciens esclaves (d'origine
malgache), la plus nombreuse dans la colonie, n'abuserait pas de
sa liberté tout relative. Avec le temps, les enjeux coloniaux se
sont émoussés, et l'île Maurice est devenue aujourd'hui un espace
de mixité sociale et de tolérance culturelle que beaucoup de pays
pourraient lui envier. L'île, à la suite d'un processus de
décolonisation qui a duré une vingtaine d'années, a obtenu son
indépendance complète le 12 mars 1968. Elle a été à partir de
cette date un membre du Commonwealth, tout en bénéficiant d'une
aide de la France.
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